Risquophobe ou risquophile, on ne nous dit pas tout

La risquophobie et la risquophilie ne sont pas de nouvelles maladies. Il s’agit seulement pour l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) de désigner deux typologies d’épargnants : ceux qui « n’aiment pas le risque » et ceux qui « sont prêts à prendre un certain risque » (*). Dans le cadre des « visites mystères » que fait diligenter l’AMF auprès d’organismes chargés de commercialiser des produits d’épargne, il est ainsi plus aisé d’analyser la pertinence des conseils et explications qui sont fournis à ces deux catégories d’épargnants.

Publication initiale le 28/09/2012

L’AMF est souvent considérée comme le gendarme des marchés financiers ; elle veille notamment à « la protection de l’épargne investie dans les instruments financiers » et à « l’information des investisseurs ».

Afin de renforcer son action préventive en matière de protection de l’épargne, elle a décidé en 2010 d’organiser des campagnes de « visites mystères » qui sont menées sur le terrain par un prestataire chargé d’étudier les conditions concrètes de commercialisation des produits financiers destinés au grand public.

Le résultat de ces campagnes ne peut en aucun cas être utilisé dans le cadre d’une procédure de sanction à l’égard de l’établissement visité d’autant que l’AMF n’a pas une connaissance exacte de la localisation de celui-ci.

Les « visiteurs mystères », qui disposent d’un profil patrimonial spécifique lors de chaque campagne, simulent « le comportement de prospects réels en situation de demande d’information, de conseil ou d’achat selon un scénario prédéterminé par l’AMF ».

C’est l’AMF qui construit les scenarios en fonction des questions qu’elle souhaite approfondir. Elle sélectionne les points de vente (les agences des 11 plus grandes enseignes bancaires) et établit la grille de restitution que doivent compléter les visiteurs.

Chaque année, le résultat des trois campagnes de 110 visites fait l’objet d’un communiqué de presse. Depuis la mise en œuvre de ce dispositif en 2010, 540 visites ont été réalisées. Le résultat des campagnes de 2012 a été publié à la semaine dernière a été analysé par l’AMF au regard de celui de 2010.

Risquophobe et Risquophile se sont donc rendus en agence afin d’investir 58 000 € pour le premier et 68 000 € pour le second (soit l’équivalent de plus d’une année de salaire pour l’un et l’autre). Que dire des conseils qui leur ont été prodigués ?

Par rapport à 2012, la durée de l’entretien s’est un peu allongée puisqu’elle se situe entre 40 et 50 minutes selon le profil.

On est un peu étonné que leur interlocuteur n’ait pas été plus curieux quant à leur projet et leur situation patrimoniale personnelle. Ils ont été interrogés dans moins d’un cas sur deux sur le niveau de risque qu’ils étaient disposés à accepter (Risquophile a été interrogé sur ce point seulement dans 4 cas sur 10 en 2012).

Dans près d’un entretien sur deux, nos visiteurs n’ont pas été informés des inconvénients des produits qui leur étaient proposés. Quant aux frais que supportent ces différents produits (frais d’entrée, frais de gestion,…), c’est presque comme s’ils n’existaient pas.

Ce résultat est assez inquiétant surtout quand on connaît le niveau de culture financière de l’immense majorité des gens. Afin d’illustrer le besoin de conseils éclairés et pertinents auquel nous devrions pouvoir prétendre de la part des personnes chargées de commercialiser des produits financiers, reportons-nous à une étude de 2011 réalisée par le CREDOC (en partenariat avec l’AMF) sur ce sujet.

Il s’agit d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population française (1 502 personnes âgées de 18 ans et plus ont été interrogées par téléphone au cours du mois de juin 2011) dont nous avons extrait quelques questions.

  • Globalement, avez-vous le sentiment d’être à l’aise en calcul ?
    Oui : 78% des réponses
    Non : 22% des réponses
  • Globalement, avez-vous le sentiment de vous y connaître plutôt bien ou plutôt mal dans le domaine des placements financiers ?
    Plutôt mal : 80% des réponses
  • Imaginons que vous placiez 100 euros sur un compte rémunéré à 2% par an. Vous ne faites plus aucun versement sur ce compte et vous ne retirez pas non plus d’argent. Combien aurez-vous sur votre compte un an plus tard, une fois les intérêts versés ?
    102 € : 51% des réponses
  • D’après vous, qu’est-ce qu’un dividende ?
    Le revenu par action versé aux actionnaires selon le résultat de l’entreprise : 52% des réponses
  • Si la valeur d’un patrimoine a progressé de 200 %, cela signifie qu’il a été multiplié par…
    3 : 11% des réponses
  • Lorsque vous prenez une décision financière, est-ce que vous vous appuyez sur votre banquier ou votre conseiller financier pour faire votre choix ?
    Oui : 69% des réponses
  • Lorsque votre banquier ou votre conseiller financier vous aide à prendre une décision financière …
    Vous comprenez les enjeux de cette décision : 55% des réponses
    Vous ne comprenez pas tout mais vous faites confiance à votre banquier ou à votre conseiller financier : 36% des réponses

 

Si on ajoute à notre incompétence l’existence de conseils parfois incomplets et/ou inadaptés, il est quasiment certain qu’on pourra nous vendre n’importe quoi à n’importe quel prix.

 

AMF – Objectif et méthodologie des « visites mystères »

(*) Définitions de l’AMF

2 réflexions sur « Risquophobe ou risquophile, on ne nous dit pas tout »

  1. Bonjour,

    Autorité et absence de sanctions ne serait-ce pas antinomique ???

    Dans un des liens proposés il est indiqué au sujet de ses visites de « clients mystère » « Il ne s’agit en aucun cas d’un outil de contrôle »
    Serait-ce alors des visites de courtoisie ?
    J’ai l’impression que cela pourrait se résumer par :
    – une procédure inadptée = un avertissement, au bout de 10 avertissements un blâme, puis après x blâmes une mise en demeure de mettre les procédures en conformité, et ainsi de suite….

    Les banques et les établissements semblent avoir trouvé la parade face au risque d’être poursuivis pour « manque de devoir d’information et de conseil » en faisant signer aux clients des fiches signalétiques dans lesquelles le client reconnaît être « averti ».

    Face aux pertes subies sur son placement, il est difficile alors pour un client de prouver à un Tribunal que l’établissement financier a manqué à son devoir d’information.

  2. Pour qu’une visite surprise puisse donner lieu à des sanctions en cas de constat d’anomalies, il faut que le dispositif soit prévu par la loi ; ce qui n’est pas le cas actuellement.
    La loi est timide sur cette question. Elle prévoit dans certains cas que des agents assermentés puissent arriver sans prévenir dans certains établissements afin de faire des contrôles (ex : DGCCRF pour les restaurants, magasins d’alimentation,…) mais il s’agit de personnes qui déclinent leur identité et leur fonction ; il ne s’agit pas de « visiteurs mystères ».

    En matière de crédit à la consommation, un rapport parlementaire propose que des agents de la DGCCRF puissent aller sur les lieux de vente de manière anonyme afin de vérifier que le consommateur se voit bien proposer un prêt amortissable lors de chaque achat à crédit d’un montant supérieur ou égal à 1000 €. Voir https://blog.cbanque.com/la-gazette-de-vanille/948/credit-a-la-consommation-bientot-une-reforme/. Cette idée a été reprise dans une proposition de loi.
    Si cette proposition est validée par les parlementaires, on peut espérer qu’elle sera étendue à d’autres domaines que le crédit à la consommation. En attendant, il faut admettre que la loi ne donne pas de pouvoir de ce type à l’AMF. Parlez-en à vos élus afin qu’ils déposent une proposition de loi dans ce sens.

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