Dans l’actu de la semaine : le Nutella et la culture économique des Français

Haro sur le Nutella

Un des articles les plus lus cette semaine sur cBanque est une reprise de l’AFP, relatant l’adoption en commission des affaires sociales du Sénat d’un amendement visant à augmenter de 300% (rien que ça) la taxe pesant sur une matière première fréquemment utilisée par l’industrie agro-alimentaire, l’huile de palme. Comme il arrive parfois, le texte s’est vu attribuer un surnom : l’amendement Nutella. N’allez pas chercher plus loin les raisons du succès de cet article : la pâte à tartiner parfum choco-noisette est devenue depuis longtemps un des piliers du régime alimentaire des Français, en particulier des plus jeunes d’entre eux. Mais voilà, le Nutella, comme d’autres aliments – chips, crème glacée, margarine – est soupçonné d’intégrer dans sa composition une trop grande quantité d’huile de palme, pointée du doigt « pour ses effets nocifs sur la santé et sur l’environnement, en entraînant notamment une déforestation » explique l’AFP. Evidemment, le fabricant du Nutella, Ferrero France, n’est pas d’accord et explique pourquoi dans cet autre article.

Est-il légitime pour l’Etat de taxer des produits de grande consommation, dont les effets à long-terme sur la santé peuvent être néfastes ? Il serait sans doute « plus judicieux de favoriser les filières d’approvisionnement locales et bio », estime LMDP, un lecteur de cBanque qui a commenté l’article. Il s’interroge sur l’attitude de l’Etat en la matière :

Après la “taxe Red-Bull”, voici la “taxe Nutella”… Et ensuite ? La taxe bifteck ? (Tout le monde sait que la viande rouge est moins saine que le poisson ou la volaille car plus grasse). La taxe gâteaux apéritifs ? (Tous bien trop salés). La taxe “Bonne maman”, parce que la confiture, c’est un produit de luxe et bien trop riche en sucre. Voilà un nouveau gisement de taxe quasi-infini et de tout premier ordre (les industriels ne vont pas cesser de commercialiser leurs produits, les consommateurs ne vont pas cesser de les acheter, et la santé publique est une justification qui marche à tous les coups).

Autre interrogation : ce type de taxe est-il efficace par rapport à l’objectif recherché ? L’économiste Alexandre Delaigue ne le croit pas. Dans un billet de blog intitulé « Un étrange amendement Nutella », il explique :

« Pour que cette taxe réduise la consommation d’huile de palme, il faudrait qu’elle ait un impact sur la consommation. Mais son montant n’aura qu’un impact minime sur le coût de production [environ 6 centimes par kg, NDLR] et devrait, de l’aveu même de ses promoteurs, n’avoir aucun impact sur les prix pour les consommateurs. »

L’impact sur la déforestation dans les pays producteurs (l’Indonésie notamment) lui semble également discutable :

« Supposons que (…) la baisse de demande française [conduise] à une baisse du prix mondial de l’huile de palme. Dans ce cas, dans les autres pays, la demande d’huile de palme va augmenter car son prix devient plus avantageux ; cette hausse de la consommation dans le reste du monde peut même, sous certaines conditions, aboutir à une augmentation de la production d’huile de palme, et donc de ses conséquences environnementales. En bref, pour l’environnement, cette taxe française est soit inutile, soit nuisible. C’est un problème habituel de la fiscalité écologique sur des marchés mondiaux : elle ne peut avoir d’effet qu’en augmentant le prix mondial, donc en étant menée dans un nombre suffisant de pays à la fois. Sinon, elle ne sert à rien qu’à déplacer le problème d’un pays à un autre. »

Nuls en éco

Mauvaise nouvelle : il y a deux chances sur trois que vous n’ayez rien compris à ce que vous venez de lire. C’est en tout cas ce que laisse penser un article publié ce matin sur le site internet de la Tribune.

Selon un sondage commandé par la Banque de France à l’occasion des Journées de l’Economie (qui se déroulent jusqu’à demain à Lyon), seul un Français sur trois juge que l’information économique est « compréhensible ». Ils sont également un sur trois à reconnaître que leur niveau de connaissances en la matière est assez ou très faible.

« Une autoévaluation qui confirme ce que l’on savait déjà », commente la Tribune. « En 2011, une étude du Codice, le comité pour le développement de l’information économique à qui Bercy a depuis coupé les vivres, faute de résultat tangibles sans doute, les Français avaient obtenu une note de 8,3 sur 20 à un test d’évaluation composé de questions basiques sur leurs connaissances en la matière. »

Voilà en tout cas un défi supplémentaire, et une source de motivation, pour la rédaction de cBanque : contribuer à rendre accessible au plus grand nombre l’information économique en général, et celle de la finance personnelle en particulier.

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