L’épargne, la réponse des Français face à la crise ?

Parmi les chiffres des Comptes nationaux 2011 publiés en début de semaine par l’Insee, le chiffre le plus commenté dans la presse n’a pas été celui de la croissance (0,2% au 4e trimestre, 1,7% sur l’année 2011), ni même celui du pouvoir d’achat (un petit +0,4% par unité de consommation en 2011). Non, le chiffre qui a retenu l’attention, c’est celui du taux d’épargne des Français qui a atteint en 2011 un plus haut depuis presque 30 ans, à 16,8% du revenu global, soit une hausse de 0,7 point par rapport à 2010.

Le Livret A plutôt que l’assurance-vie

Que signifie ce chiffre ? Pour la plupart des commentateurs, il montre que les Français, face au spectre de la crise et de ses conséquences (chômage, inflation, perte de pouvoir d’achat…), ont privilégié l’épargne de précaution à la consommation. Deux données confirment cette hypothèse. La consommation des ménages, d’abord, a chuté de 0,5 point sur l’ensemble de l’année 2011. Encore plus révélateur, les Français ont majoritairement reporté leur effort d’épargne sur des produits liquides et sécurisés. Le Livret A, malgré un rendement faible (2,1% en moyenne sur l’année 2011 avec une inflation à 2,5%) a ainsi connu une année historique en matière de collecte : 17,49 milliards d’euros (en incluant le LDD), tout près du record historique de 2008, année de sa généralisation de sa distribution. Il a ainsi mieux profité du contexte que l’assurance-vie, dont la collecte nette 2011 s’est limitée à 7,6 milliards (selon la FFSA). L’alourdissement de la fiscalité sur les placements, ainsi que des cotisations sociales, y est pour beaucoup. La baisse des rendements des fonds en euros et les politiques commerciales des banques, qui ont multiplié les offres sur leurs livrets maison, ont aussi leur part.

Une remarque toutefois : si les Français n’ont effectivement jamais autant épargné depuis 1983, les chiffres 2011 restent inférieurs à ceux des années 1970, à l’époque des chocs pétroliers. Ensuite, la hausse du taux d’épargne est réelle mais elle n’a rien de spectaculaire. L’épargne est un réflexe culturel bien ancré chez les Français, qui ont tendance à mettre plus de côté que leurs voisins (à l’exception des Allemands) et à moins recourir aux crédits à la consommation.

Aversion au risque

Par ailleurs, comme le constatent plusieurs journaux, tous les Français ne sont pas égaux face à l’épargne. Le quotidien économique Les Echos, par exemple, le rappelle dans un récent article, citant des chiffres Insee datant de 2003 : « (…) les 20% des ménages les plus aisés épargnaient environ un tiers de leurs revenus, soit deux fois plus que le taux d’épargne moyen. L’épargne dégagée par ces 20% représentait les trois quarts de l’épargne totale des ménages. Inversement, les 20% les plus pauvres avaient un taux d’épargne négatif (ils consommaient plus qu’ils ne gagnaient) ou nul en prenant en compte les transferts privés (dons de la famille, par exemple). Les 60 % restants avaient un taux d’épargne de l’ordre de 5 % à 10 %. »

Dernière question posée par les observateurs : cette capacité à épargner est-elle un bon signe pour l’économie française ? La réponse est nuancée. Certains notent qu’elle est le signe d’un faible endettement des Français, et donc d’une situation économique saine, qui a un effet bénéfique sur la confiance accordée par les investisseurs étrangers à la dette publique française. Mais les mêmes déplorent que cette épargne soit mal orientée, qu’elle « dorme » sur des livrets lorsqu’elle pourrait participer plus directement au financement de l’activité économique dans le pays. Un problème tout aussi culturel que leur goût pour l’épargne : les Français ont une aversion prononcée pour le risque, et donc pour l’épargne de long-terme sans capital garanti.

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